Engagés dans les mines après 1975 et malades de l’amiante

17 août, 2012 à 8:30 | par Daniel Couture

Le Mouvement Pro Chrysotile affirme qu'aucun travailleur engagé dans les mines après 1975 n'a développé de maladies liées à l'amiante. (Capture d'écran)

(THETFORD MINES) EXCLUSIF – Le Mouvement Pro Chrysotile a publié une lettre il y a un peu plus d’un mois dans laquelle il affirme « qu’aucun travailleur engagé autant à Asbestos qu’à Thetford Mines, depuis 37 ans, c’est-à-dire depuis 1975, n’a été reconnu atteint de maladies industrielles reliées à l’amiante ».

Cette lettre a été abondamment diffusée dans les médias sociaux, entre autres par le Musée minéralogique et minier de Thetford Mines et la Société de développement économique de la région de Thetford (CLD). Elle a également été publiée par le quotidien sherbrookois La Tribune dans la rubrique « Opinions ».

Selon nos recherches, il semble que cette affirmation, certes flatteuse pour l’industrie du chrysotile, ne passe pas l’épreuve des faits. En effet, selon des informations exclusives obtenues par ThetfordActu.com auprès de la Direction de la santé publique et de l’Agence de santé et de services sociaux de Chaudière-Appalaches, des travailleurs miniers engagés dans les mines thetfordoises après 1975 auraient bel et bien développé des maladies professionnelles reliées à l’amiante chrysotile.

L’enquête

Le docteur Pierre Deshaies, médecin spécialiste en santé publique et en médecine préventive à la Direction de la santé publique de l’Agence de santé et de services sociaux de Chaudière-Appalaches, et sa collègue Vicky Bernier, infirmière-MADO (Maladies à déclaration obligatoire) auprès de ce même service, ont accepté d’ouvrir leurs dossiers.

En vertu de la Loi sur la santé publique de décembre 2001, certaines maladies doivent être déclarées obligatoirement aux autorités de santé publique par les médecins et laboratoires. Trois maladies liées à une exposition au chrysotile, soit le mésothéliome, l’amiantose et le cancer du poumon, ont été ajoutées à cette liste en 2003.

De plus, des comités des maladies professionnelles pulmonaires ont été mis sur pied dans le cadre de la Loi sur la santé et la sécurité du travail et de la loi sur les accidents de travail et les maladies professionnelles. La CSST y réfère les travailleurs demandant des réclamations concernant des maladies pulmonaires. Les données utilisées dans l’enquête qui suit proviennent de ces comités et sont dans leur grande majorité ultérieures à 2006.

Selon le docteur Deshaies, elles ne sont cependant pas exemptes de limites : « Les travaux de l’Institut nationale de santé publique du Québec (INSPQ) ont démontré qu’il y a beaucoup de cas de mésothéliome et d’amiantose qui sont diagnostiqués par des médecins au Québec, mais qui ne sont pas déclarés à la CSST, donc qui ne sont pas reconnus parce que les gens n’en font pas la demande, tout simplement. » Ainsi, pour le mésothéliome, seulement 21 % des cas seraient déclarés.

Les données disponibles pour la MRC des Appalaches, même si elles ne reflètent qu’une partie de la réalité, sont toutefois crédibles et vérifiées : « Chaque cas a été enquêté par ma collègue et d’autres infirmières et répondent à des critères de définitions nosologiques de santé publique. On a un cahier de définitions nosologiques qui donne des critères assez strictes pour s’assurer que le cas est réellement une maladie reliée à l’amiante selon les critères de santé publique », nous a expliqué le docteur Deshaies.

Les données

Depuis 2006, le docteur Deshaies et l’infirmière Vicky Bernier ont dénombré 174 épisodes confirmés de maladies reliées à une exposition au chrysotile chez 163 travailleurs des mines de la MRC des Appalaches, la dernière en date ayant été déclarée le 4 janvier 2012. En fait, des cas de mésothéliome, d’amiantose et de cancer du poumon causés par l’amiante se sont déclarés à chaque décennie depuis les années 1970 : « Des cas de maladies de l’amiante, il y en a eu à chaque décennie. En 1970, 1980, 1990, 2000 et encore récemment en 2010, 2011 et 2012 et ça, c’est pour la MRC des Appalaches », a continué le docteur Deshaies.

Bien sûr, le mésothéliome, l’amiantose et le cancer du poumon ne se déclarent qu’après une période de latence, souvent très longue. Pour le mésothéliome, cette période peut être de plus de 40 ans après le début de l’exposition au chrysotile. Comme il est difficile de déterminer quelle proportion des 174 épisodes recensés depuis 1975 dans la région de Thetford Mines correspond effectivement au cas d’employés ayant commencé à travailler dans les mines d’amiante après cette année, le docteur Deshaies et l’infirmière Vicky Bernier ont mené une deuxième analyse plus approfondie de 36 de ces dossiers. « On a été en mesure d’identifier des cas de travailleurs dans les mines à partir de 1975. On a des cas confirmés de maladies de l’amiante chez des travailleurs des mines qui ont débuté après 1975 », nous a confirmé Vicky Bernier.

Sur ces 36 dossiers révisés concernant des travailleurs nés après 1940, 8 travailleurs de l’amiante ayant été engagés après 1975 ont une maladie professionnelle reliée à une exposition au chrysotile, selon les critères de la santé publique québécoise. Ces travailleurs ont exercé leur métier dans les mines de la MRC des Appalaches et ces maladies ont été déclarées par les pneumologues du comité spécial des maladies pulmonaires professionnelles.

Ces données, sommaires, sont suffisantes pour réfuter l’affirmation selon laquelle aucun travailleur embauché dans les mines de Thetford Mines depuis 1975 n’a contracté de maladies professionnelles reliées à l’amiante. Comme la cigarette est souvent invoquée pour expliquer l’incidence du cancer du poumon chez les travailleurs de l’amiante, cette information a été vérifiée. La concentration de chrysotile dans l’air aussi. Selon le docteur Deshaies : « Ce ne sont pas tous des fumeurs. Dans certains cas, on avait une analyse fournie par l’entreprise qui estimait l’exposition des travailleurs pendant leur carrière. Dans certains cas, on a des maladies de l’amiante confirmées chez les travailleurs exposés, en moyenne, sous la norme réglementaire québécoise. » Le docteur a cependant précisé qu’il était impossible de déterminer si les travailleurs ont été exposés à des concentrations supérieures à la norme québécoise d’une fibre par centimètre cube d’air, les données disponibles étant des moyennes.

La pointe de l’iceberg ?

Comme ces cas proviennent d’un échantillon très ciblé, soit celui des travailleurs de l’amiante dans les mines de la MRC des Appalaches ayant déclaré une maladie à la CSST depuis 1975, le docteur Deshaies estime qu’il ne s’agit que de la pointe de l’iceberg : « Nous n’avons pas cherché dans le bâtiment et les travaux publics, l’autre gros secteur à risque où on sait qu’il y a encore beaucoup d’exposition. D’ailleurs, des données de l’Institut nationale de santé publique démontrent que bon an, mal an, il y a des centaines de dérogations faites par les inspecteurs de la CSST parce qu’on ne travaille pas de façon sécuritaire avec l’amiante. Ce sont des des données qui proviennent de la CSST. Ce ne sont pas des vues de l’esprit. » Les maladies à déclaration obligatoire n’ont également pas toujours existé…

Ce dernier estime d’ailleurs qu’il est erroné de prétendre que le risque zéro existe en matière d’utilisation sécuritaire du chrysotile : « Pour le mésothéliome et le cancer du poumon, et là c’est démontré hors de tout doute, il n’y a pas de seuil (ndlr : sécuritaire d’exposition). Parfois, certains parlent du seuil sécuritaire et d’utilisation sécuritaire alors que scientifiquement, il n’y a pas de seuil sécuritaire d’exposition à l’amiante. C’est un cancérogène. Dès qu’on est exposé, le risque commence. C’est un peu comme dire qu’une cigarette par jour c’est sécuritaire. Quelqu’un de sérieux ne peut pas affirmer ça. Quand on parle d’un cancérogène, d’affirmer que les gens sont protégés en ce moment et qu’il n’y a pas de risque de cancer, c’est complètement fallacieux et je n’ai aucune honte à le dire. Ça n’a ni queue ni tête », a-t-il conclu.



Commentaires

  • Épouse d'un mineur décédé d'un mésothéliome

    2012-08-22 10:45:54

    @Gaston Vous pensez que perdre son mari rapporte gros. Vérifiez sur le site de la CSST. Il n'y a plus de pension à vie pour une veuve. C'est de 1 à 3 ans tout dépendamment de l'âge de la conjointe survivante. La remise du forfétaire se fait après l'arrêt de la pension. La conjointe survivante doit payer pour tout ( ex.: déneigement, entretien de pelouse, entretien de la maison, l'auto , etc. et j'en passe. Les enfants encore aux études. La conjointe survivante s'appauvrit et le forfétaire ne dure pas longtemps car il n'y a pas de folies à faire. C'est souvent très insuffisant pour se rendre à l'âge de la retraite. Le pire c'est d'avoir vu son mari souffrir et de ne pouvoir rien faire. Les compagnies d'amiante savaient que c'était mortel leurs employés. Pour moi. les compagnies minières sont aussi coupables qu'un conducteur ivre au volant de sa voiture qui tue une personne.

  • Ginette

    2012-08-22 10:31:09

    @Gaston: vous trouvez

  • Gaston

    2012-08-19 09:32:05

    mr. Laroche arretez de faire des comparaisons a n'en plus finir...pro-chrysotile y est allé un peu trop fort dans ses propos et elle a manqué de jugement...cest tout ceux qui meurent avec de lamiante sur les poumons et qui le ne savent pas. on envoie ca en asie et on en soccupe plus et on dit si ce nest pas nous qui vend de lamiante en asie et bien ce sera la russie ou le mexique

  • gaetan

    2012-08-18 14:07:20

    ou sont les syndicats? conflit DE intérêt IMAGINEZ-VOUS QUE M. CLÉMENT GODBOUT UN ANCIEN DIRIGEANT DE LA F.T.Q. FAIT LA PROMOTION DE LÈ AMIANTE CÉ UN COPAIN DE MICHEL ARSENEAU ET ILS REGARDSENT LES ENTRÉ D'ARGENT DANS LEUR COFFRE, LA SANTÉ LA SÉCURITÉ AU TRAVAIL,ILS SONT AUSSI ACTEURS ET PRÉSENT A LA C.S.S.T OU LEURS PETITS PROTÉGÉS SIÈGENT AUSSI A LA COMMISSION DES LÉSIONS PROFESSIONNELLE COMME MEMBRE PLANTE-VERTE. OU NON DÉCISIONNEL. INUTILE ET INCOMPÉTANT.

  • gaetan

    2012-08-18 13:57:39

    ou sont les syndicats?

  • Pierre Laroche, retraité du chrysotile

    2012-08-18 13:49:07

    PIERRE DESHAIES DE LA SANTÉ PUBLIQUE DE CHAUDIÈRE-APPALACHES A RAISON D’AFFIRMER ‘’QUE PRÉTENDRE QUE L’UTILISATION À RISQUE ZÉRO DU CHRYSOTILE EST ERRONÉ’’. PAR CONTRE PERSONNE PARMI LES INTERVENANTS DU SECTEUR DU CHRYSOTILE N’A AFFIRMÉ UNE TELLE HYPOTHÈSE D’UTILISATION À RISQUE NUL. Monsieur Deshaies aurait pu affirmer la même chose pour à peu près toute autre substance ou activité humaine. La présence de plans d’eau dans notre région et ailleurs au Québec est reliée à des noyades. La conduite de l’auto entraîne des centaines de décès à chaque année sans compter l’usage du tabac qui tue des millions d’individus dans le monde à chaque année, dont plus de 10 000 au Québec seulement. Que 8 mineurs aient contracté une maladie soit disant reliée à l’exposition aux poussières d’amiante au cours des 37 dernières années n’est pas une bonne nouvelle. Par contre, l’enquête de monsieur Couture ne nous révèle pas combien d’entre eux étaient fumeurs ou anciens fumeurs ni combien parmi eux sont décédés ni à quel âge. On ne sait rien non plus de la possibilité que ces travailleurs aient été exposés, ni à quels types de fibres, avant leur entrée en service dans les mines de chrysotile. Pour ce qui est du tabagisme, le rapport de l’INSPQ publié ce printemps révélait que plus de 90% des individus diagnostiqués d’une maladie reliée à l’exposition aux poussières d’amiante étaient des fumeurs ou des anciens fumeurs. Enfin, préconiser l’usage SÉCURITAIRE DU CHRYSOTILE ou PRÉCONISER L’USAGE SÉCURITAIRE DE L’AUTOMOBILE ou D’UNE PISCINE est-il une proposition socialement inacceptable? Pierre Laroche, retraité du chrysotile Thetford Mines

  • SALUT

    2012-08-18 10:24:46

    JE VIENS SEULEMENT VOUS DIRE QUE MON PERE C EST FAIT CLASSÉ (A) EN AOUT 1975 (CE QUI VEUT DIRE EXCELLENT) ET A LA FIN SEPTEMBRE 1975 JE L AI ENTRÉ A L HOPITAL DE SHERBOOKE POUR ME FAIRE DIRE QU IL AVAIT UN CANCER DES POUMONS AMIANTOSE ET EN PLUS LE MÉDECIN M A DIT QU IL AVAIT LES POUMONS DUR COMME DE LA PIERRE ET EN FEVRIER 1976 IL EST DÉCÉDÉ AH AH OU EST LA FARCE PLATE C ÉTAIT UN HOMME DE 6PIEDS ET 250 LIVRES (EN SEPTEMBRE 1975) ET A SA MORT (EN FÉVRIER 1976) IL PESAIT 85 LIVRES QUEL SOUFFRANCE IL A EU ????????? C EST CA ETRE CLASEE A PAR LES MÉDECINS DE COMPAGNIE ???????????????????? MERCI AUX MÉDECINS QUI ONT LE COURAGE DE NOUS APPUYER DANS CE DÉBAT QUI N EN FINIT PLUS JE CROIS QUE LA VIE HUMAINE EST PLUS IMPORTANT QUE CES COMPAGNIES DONT LEUR BUT EST DE FAIRE DE L ARGENT A NOS DÉPENDS.

  • fred

    2012-08-18 10:07:36

    bravos monsieur le médecin 34 ans a la mines d amiante j ai de la difficulté a respirer et je ne suis pas le seul ...

  • Paolo

    2012-08-17 17:21:46

    En travaillant dans la construction, je peux vous dire que des bâtiments contenant de l’amiante il y en a en masse à Montréal. Des vieilles constructions il y en a partout et c’est assez fréquent que les employeurs ou les propriétaires ne s’intéressent pas à la sécurité des travailleurs qui font le dégarnissage, la démolition ou la rénovation dans ces bâtiments. C’est ainsi que pour éviter les visites des inspecteurs (assez rares par rapport à la quantité d’ouvrage) on fait les travaux de nuit, de soir ou de fin de semaine, des travailleurs au noir de l’amiante….il y en a. J’aimerais voir qu'est-ce qui va se passer dans quelques années avec les centaines ou milliers des travailleurs qui sont exposés à l’amiante aujourd’hui au Québec. J’espère que les lois vont changer ou que les politiciens vont se réveiller pour faire changer la situation.

  • les denis drolet

    2012-08-17 13:05:01

    Nos syndicats, font quoi pour les travailleurs des mines d'amiante, RIEN, tous se cachent dans leurs petits bureaux de FONCTIONNAIRES, ne voulant déplaire, aux Employeurs ou à la CSST, Les dirigeants syndicaux ne font plus se qu'il devrait faire, c'est-à-dire pousser les dossiers, et dénoncer toutes formes de cachoteries,faire du lobbying pour faire changer les lois soient Provinciales ou Fédérales...Ils ont présentement la plus belle opportunité de la faire présentement, soit par le biais de la tribune de la campagne électorale, soit par les médias , journaux, etc etc...Quand allez vous sortir de votre mutisme et demander des idemnisations, ou des retraites pour les TRAVAILLEURS....ayez du respect pour la ressource humaine..laissez les pégatilles de coté....

  • PROPROPRO

    2012-08-17 10:41:58

    Pro quoi ? l'articles prouve encore, ici on minimise les choses et venant de certains bureau à thetford pas très brillant . oups vous êtes dans le champ , prend tes renseignements avant publier des choses que tu connait pas. Merci pour nous éclaicir avec cet article et encore une fois montrer que beaucoup de chose ce cache. Merci aux médecins pour ces renseignements utile

  • Daniel Richard

    2012-08-17 09:39:08

    Oupse! Cet article va certainement relancer le débat, ce qui est très bien, que l'on soit pour ou contre l'utilisation du chrysotile. En bonne partie, ce qui a démoli cette industrie c'est la loi du silence, le déni et les lunettes roses. Et pourtant, comme le prouve le journaliste, la vérification n'était pas difficile à faire avant de déclarer qu'aucun travailleur entré en fonction dans les mines à partir de 1975 n'avait contracté une maladie reliée au chrysotile. Attendons de voir la suite.

  • Gaston

    2012-08-17 09:06:56

    Ouf,,,un dur coup pour pro-chrysotile. si tout les travailleurs demandait une compensation a la csst, o n verrait bien que ce nombre serait énorme...cest vrai que la plupart du temps le travailleur ne peut pas bénéficier de cet argent de son vivant car il meure avant...pourtant le montant est énorme..tout dépend des revenus du travailleur il est de 100,000.00 minimum en plus dune rente pour la veuve.....

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