Le premier budget du gouvernement Marois a suscité de nombreuses réactions au Québec. En voici un bref tableau, sans prétention.
Le budget du ministre québécois des Finances Nicolas Marceau prévoit une augmentation des taxes sur les cigarettes de 4 $ la cartouche, ou 50 cents du paquet, une hausse que l’Association québécoise des dépanneurs en alimentation digère très mal (à l’instar de l’Imperial Tobacco) : « En effet, à 15 $ la cartouche de contrebande au lieu de 80 $ la cartouche légale, on peut s’attendre à ce que les consommateurs soient fortement incités à s’approvisionner en tabac de contrebande dans les réserves indiennes et auprès de revendeurs souterrains plutôt que dans les dépanneurs qui respectent les lois et collectent les taxes pour les remettre aux gouvernements », explique l’association dans un communiqué.
L’accueil a également été plutôt tiède du côté des groupes écolos. Les organismes Équiterre, Initiative boréale canadienne, Nature Québec et Vivre en ville ont en effet réagi en critiquant le peu d’initiative du budget Marceau en matière de développement durable : « Le gouvernement s’est engagé à augmenter la cible, déjà ambitieuse, de réductions des gaz à effet de serre de moins 20 % à moins 25 % d’ici 2020. De son propre aveu, les mesures prévues n’étaient déjà pas suffisantes pour atteindre l’ancienne cible. Or, le budget ne contient aucune nouvelle mesure liée à la réduction des gaz à effet de serre. Le temps file et il devient difficile de comprendre comment le gouvernement va respecter ses engagements», a critiqué Sidney Ribaux, directeur général d’Équiterre. La dépendance québécoise envers le pétrole et la question des redevances sur les ressources minières froissent aussi les écologistes, qui voient cependant d’un bon œil le maintien du Fonds vert et la fermeture de Gentilly 2.
En santé, l’Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux (AQESSS) s’est déclaré satisfaite du premier budget Marceau, qui prévoit le maintien de la hausse globale annuelle de 4,8 % des dépenses gouvernementales en santé jusqu’en 2017-2018 et une augmentation de 273 M $ des sommes investies pour les personnes âgées. « Toutefois, il est essentiel que cette augmentation s’applique dorénavant aux établissements et à chacune des composantes du système, notamment à la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), qui doit contenir la croissance de ses dépenses à 5 %, dont celle applicable aux médicaments et à la rémunération des médecins, qui atteint près de 10 % en moyenne pour les deux prochaines années », tempère l’association dans un communiqué.
Dans la sphère économique, la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) a accueilli d’un bon œil le premier budget Marceau : « Le budget 2012-2013 déposé aujourd’hui par le ministre des Finances du Québec témoigne de la recherche d’un équilibre entre les revenus et dépenses du gouvernement ainsi qu’entre les impératifs du développement économique et les préoccupations environnementales et sociales. Toutefois, les hypothèses de revenus anticipés et de réduction de dépenses apparaissent particulièrement optimistes », a réagi la Fédération.
Le congé fiscal pour les grands projets d’investissement, le crédit d’impôt à l’investissement dans les régions, l’élaboration d’une stratégie industrielle et d’une politique nationale de la recherche et de l’innovation et le fonds de développement régionalisé annuel de 500 millions de dollars comptent parmi les bon coups du gouvernement, selon la FCCQ. La Fédération pointe cependant du doigt la baisse des investissements dans les infrastructures : « Le gouvernement annonce un niveau d’investissement de 9,5 milliards $ par année pendant 5 ans, ce qui est important. Il s’agit tout de même d’une baisse de 1,5 milliard $ par année par rapport à l’effort actuel. La Fédération espère que cette réduction n’aura pas pour conséquence d’annuler ou de retarder des travaux d’infrastructures essentiels au développement économique. »
Enfin, les syndicats ont plutôt réagi avec déception au budget provincial. À la CSQ, on parle d’un budget « drabe, pour plaire à l’Opposition et au milieu des affaires ». Sa présidente, Louise Chabot, estime que le gouvernement a privilégié l’équilibre budgétaire au détriment du développement des services publics, mais réagit positivement à certaines mesures, comme l’ajout de 15 000 places dans les services de garde. Du côté de la FTQ, le président Michel Arsenault n’a pas caché sa déception : « On a beaucoup de difficulté à voir qu’on a changé de gouvernement. L’accroissement des budgets alloués aux services publics, principalement dans la santé et l’éducation, est insuffisant pour satisfaire les besoins grandissants de la population et ce sont également nos membres, dans les secteurs public et parapublic, qui en font les frais. Les promesses se sont envolées en fumée, comme c’est le cas de la taxe santé. Quant à l’instauration de régimes volontaires d’épargne retraite qui déresponsabilisent les employeurs, on croirait entendre Raymond Bachand. C’est on ne peut plus décevant. » La CSN a tenu un discours semblable, affirmant notamment qu’en matière de solidarité sociale, « le PQ s’éloigne du PQ ».




